« Le coworking est plus développé qu’on ne le pense »

, , 3 Comments

Xavier-TourTT_1

Consultant spécialiste de la communication d’influence et des réseaux sociaux, Xavier de Mazenod est également l’éditeur de Zevillage.net, site d’information et réseau social du télétravail, du coworking et des nouvelles formes de travail. Il participe au Tour du France du télétravail qui se termine le 18 décembre.

1/ Quel est le nombre de télétravailleurs en France ?
Aujourd’hui, les chiffres que l’on trouve dans les médias sont ceux d’une étude datant de 2006 qui relève entre 7 et 10% de télétravailleurs. Or, selon une méta-étude (qui regroupe une trentaine d’études en 10 ans), ce chiffre serait plus près des 17% en France dont 14% de salariés. La pratique est plus généralisée qu’on ne le pense.

2/ Comment expliquez-vous l’engouement actuel pour les tiers-lieux (coworking, télécentres) ? Quelle est aujourd’hui l’ampleur du phénomène ?
L’engouement s’explique par de nouvelles aspirations professionnelles avec des demandes vers plus d’autonomie, de flexibilité et d’harmonisation entre vie professionnelle et vie personnelle et des préoccupations environnementales de plus en plus fortes.

On compte une centaine de ces lieux de travail (télécentres et coworking) en France et une autre centaine sont en cours de réalisation. Dans le monde, on comptabilise 1800 espaces de coworking. Pour un phénomène né il y a sept ans, c’est une bonne progression.

3/ Quels sont les autres types d’habitat/architecture qui tentent de répondre à cette problématique?
Au-delà de ces tiers-lieux entre le bureau et la maison que sont les télécentres ou les espaces de coworking, des espaces moins formels comme les lobbies d’hôtel, les cafés WiFi et autres McDonald’s répondent aussi à ses nouvelles problématiques. On peut facilement imaginer une évolution d’autres espaces comme les bibliothèques ou les espaces publics numériques à l’origine prévu pour d’autres publics et d’autres usages.

On voit que les tiers-lieux qui fonctionnent (surtout en milieu rural) sont ceux qui savent créer une communauté vivante d’utilisateurs et qui s’ouvrent à des services variés : animations, formations, point d’accueil de e-administration, etc.

4/ Peut-on établir une distinction entre les espaces de télétravail dans les espaces urbains et les espaces ruraux ?
Aujourd’hui les télécentres sont plutôt un phénomène rural, créés par les pouvoirs publics car il n’y a pas de modèle économique pour des opérateurs privés (sauf exception). Les espaces de coworking sont plutôt urbains et tournés vers les travailleurs non-salariés. Mais cette segmentation évolue : pour assurer une autonomie financière, les lieux doivent devenir très polyvalents.

5/ Vous me parliez de clichés sur l’isolement et l’efficacité des télétravailleurs…quelles sont alors les difficultés que rencontre cette forme de travail ?
C’est plutôt un cliché et une idée reçue, en effet, car aujourd’hui la méthode de gestion d’un projet de télétravail est rodée et l’écueil de l’isolement peut être évité. L’alternance télétravail (chez soi ou dans un tiers lieu) et un retour dans l’entreprise permet au salarié de garder le contact avec ses collègues et avec la vie de l’entreprise. Mais télétravailler ou manager à distance s’apprend. Et si l’entreprise ne forme pas ses salariés et ses managers, le risque de désorganisation du travail est important.

6/ Quels sont les bénéfices environnementaux d’une telle pratique ? Dispose-t-on de chiffres ?
Quelques études existent sur les avantages économiques et sur le bilan carbone du télétravail. Une journée de télétravail permettrait d’ « économiser » 9 jours/an de transport soit près de 1600€, ce qui correspond au transport et carburant… L’étude Citrix chiffre les bénéfices qui seraient engendrés aux Etats-Unis par un passage en télétravail à 50 % du temps et annonce une réduction de 17 % des émissions de CO2 par rapport aux émissions de 2005.

7/ Alors que le télétravail est depuis peu inscrit dans le code du travail, quels sont les prochains chantiers qui attendent le télétravail ?
Le prochain enjeu est la disparition du mot télétravail qui se sera dissout dans l’évolution de l’organisation des entreprises. Le travail à distance est la première étape d’un processus qui rend possible le développement du travail collaboratif (avec ses bénéfices comme le développement de « l’intelligence collective ») et de « l’entreprise étendue en réseau » qui fédère une galaxie de salariés, d’indépendants et même de clients pour travailler quel que soit le lieu.

Les technologies sont prêtes, les usages existent, reste les mentalités à faire évoluer…ce qui est toujours long.

Propos recueillis par Déborah Antoinat

 

3 Responses

Leave a Reply

(*) Required, Your email will not be published